Loin de moi l'idée de m'approprier le monopole de la douleur ou de la compréhension du deuil... mais la tristesse, la peine et la souffrance que je vis depuis les dernières semaines m'ont permis de faire plein de prises de conscience, que j'ai eu envie de venir mettre en mots.
Un jour un ami qui vivait le deuil de la perte de son enfant, m'a accueilli à bras ouvert lorsque moi je lui livrais ma peine suite au deuil d'un précieux ami. En m'entendant lui raconter ma peine, je me suis sentie prise d'un grand malaise lorsque j'ai repris conscience de la profonde détresse qu'il vivait lui-même. En lui nommant mon malaise et en m'excusant d'avoir manquer d'empathie face à SON deuil, il m'a répondu avec bienveillance: "Belle Cathy, la douleur créée par le deuil, n'a pas à être jugée avec un degré d'importance... quand on souffre, on souffre. Ce que tu vis en ce moment c'est douloureux et je te comprends." À chaque jour depuis 2 semaines je remercie la vie de m'avoir permis d'être accueillie avec autant de compassion dans ma souffrance, il y a 1 an, puisque je n'aurais jamais laissé autant de place au deuil que je vis actuellement et j'aurais fermé la brèche rapidement, comme à chaque fois où je souffre.
Seulement ma garde rapprochée et les femmes abonnées à Planète Femmes ont eu accès à l'annonce de mon deuil, puisque je n'avais pas besoin, ni envie, de me faire bousculer avec des phrases qui ne servaient qu'à rassurer mes interlocuteurs. Aujourd'hui, j'ai envie de venir mettre en mots ce que je réalise à propos de la force que je me découvre, en ce moment, dû à l'état de vulnérabilité où je suis.
La tristesse, la peine, la douleur, ça nous permet de toucher cet état de vulnérabilité et si on lui donne de l'espace pour mieux connecter avec nos ressentis, on y trouve rapidement, une grande force. On met de côté ce qui nous semblait si "nécessaire" avant, mais qui dans l'fond ne nous rapporte rien. T'sé ces choses à lesquelles on donne tellement d'importance en leur accordant beaucoup trop de notre précieuse énergie (je sais que tu en vois plein dans ta tête en ce moment et que je n'ai pas besoin de te les énumérer). Donc on réussit à mettre de côté ces choses (ou personnes) qui en réalité ne sont pas si importantes pour nous, puisque la douleur draine la majorité de notre énergie et qu'on en a juste pour l'ESSENTIEL... et tranquillement petit à petit on arrivera devant l'évidence de 2 choix:
Reprendre comme avant, lorsque la douleur se dissipera.
Ou
Mettre au premier plan ce qui est essentiel et ce qui répond réellement à nos besoins.
... et ne me dis pas: "On n'a pas toujours le choix"!!! Désolée, mais oui... on a toujours le choix! Et ça je pourrais te soutenir le discours longtemps. On n'a pas main mise sur ce que la vie nous envoie, mais on a main mise sur ce qu'on en fera!
Ce deuil, il m'a permis et me permettra encore et encore, de mettre en place des décisions que je traînais à appliquer dans ma vie et que j'avais peur de mettre en place pour protéger et sauvegarder mon écosystème relationnel. Je change, j'évolue, j'ai des besoins différents et ça vient avec des décisions difficiles à prendre! Difficiles, car j'ai toujours cette peur que je dois faire les choses pour m'assurer que tout l'monde continue de m'aimer. Sauf que ce deuil, est aussi accompagné d'une force monumentale qui provient de ma vulnérabilité. Je constate que même en plein état de peine, je réussis à voir clair et à mieux nommer mes besoins et mes émotions, puisque ma vulnérabilité a de l'espace pour exister.
Au départ, j'ai pris la challengeante décision de réinventer mon quotidien dès la seconde où l'absence de Lotus est survenue. Pourquoi? Parce que plus la source de notre deuil fait partie de notre quotidien plus il est difficile, lourd, souffrant. Je veux m'assurer que j'ai de la peine pour la perte de la présence de Lotus et de tout ce qu'il a été dans ma vie... et non une peine égocentrique du vide que ça créé dans ma vie. J'ai su intuitivement, pour ma survie que je devais faire les choses différemment, pas pour m'étourdir, pas pour fuir, pas par déni... mais pour remettre en contexte que ma tristesse est vivante, et que moi aussi, je dois le rester.
Je cite souvent cette phrase de Charles Darwin: "Ce ne sont pas les espèces les plus intelligentes qui survivent, mais celles qui s'adaptent le mieux". Alors à chaque jour, je m'adapte... je vis... j'accueille... j'ai mal... je recommence à rire... et tout ça: sans culpabilité.
Le deuil, c'est un processus qui même si on l'a déterminé en plusieurs étapes, doit être vécu individuellement sans pression narcissique de montrer "qu'on s'en sort".
Aujourd'hui, je vais bien... mais à tout moment je sais que je peux me mettre à pleurer... et j'accueille.
Je sais que je peux avoir envie de me rouler en boule sur mon divan, pendant que je parle avec une cliente... et j'accueille.
Je sais que je peux pogner les nerfs après quelqu'un qui juge ma décision... et j'accueille.
Je sais que je vis la tristesse, la colère, l'injustice, le désarroi tout en vivant dans la joie, le plaisir et la légèreté... et j'accueille.
Aujourd'hui, je vais bien, puisque j'écoute mes ressentis et mon besoin de créer une bulle de protection autour de moi. Une bulle avec des gens qui savent me supporter et m'accueillir, ne sachant pas trop comment moi j'accueille mes émotions, et même si parfois je le fais de façon maladroite.
Et t'sé tu quoi, j'en ai beaucoup de ce monde-là... La vie me soutient tellement et il y a un beau ménage qui se fait présentement pour me prouver que je sais ce qui est bon pour moi et de quoi j'ai besoin pour avoir un écosystème relationnel qui me ressemble de mieux en mieux.
Aujourd'hui, je vais bien, puisque j'ai décidé de faire de la place à ma vulnérabilité. Ce deuil aura fait naître une version plus authentique de moi.
Dorénavant, si tu m'aimes, tu m'aimeras en me prenant telle que je suis:
- avec mon énergie débordante ou mon besoin de réconfort
- mon sourire rempli de joie ou mes yeux remplis de larmes
- ma facilité à tout faire pour toi ou ma nécessité que tu sois là pour moi
- mon ouverture à t'écouter ou mon envie de me raconter
- ma sociabilité enthousiaste ou mon désir de me retrouver seule
- ma curiosité intellectuelle ou ma candeur de licorne.
Et voilà comment cette période de deuil me transforme et est devenu un espace de réinvention extraordinaire.
Toutes mes prises de conscience ne seraient pas possible sans toutes ces personnes aimantes, accueillantes, réconfortantes, qui ont été là pour moi les 2 dernières semaines.
Un gigantesque merci à toi, pis toi, pis toi aussi... je sais que tu sais que je parle de toi !
Je n'ai pas fini mon processus de deuil... et je vais continuer de le vivre du mieux que je peux, en écrivant et en partageant ce que je vis. J'écris pour guérir. J'écris pour grandir. J'écris pour transmettre et supporter, en me disant qu'il est possible que ce que je vis touche quelqu'une qui en a besoin. Si c'est le cas pour toi, saches que je te vois, je te reconnais, je t'entends!